Un éditeur et ses salons :
10 questions aux éditions GRRR'ART

Les éditeurs indépendants ont tout intérêt à développer une politique de présence directe ou par auteurs interposés dans les fêtes du livre. C’est plus crédible quand c’est un éditeur, faisant 40 salons par an, qui le dit que quand L’Oie plate l’écrit dans son guide des salons ! Nous avons interrogé Georges Grard qui a crée sa maison grinçante en 1999. Il est l’auteur d’une dizaine de titres sur les 40 titres de son catalogue. Grrr’art produit 7 nouveautés par an en jeunesse, BD, roman et humour. C’est un éditeur qui conjugue efficacité et pragmatisme. Il a de l’audace et il est dans Audace !

L’Oie Plate : Comment utilisez-vous les canaux de diffusion/distribution des livres ?

Georges Grard : Nous avons très vite compris que le créneau diffusion/distribution utilise les éditeurs indépendants plus qu’ils ne les servent. Nous avons payé cher pour le savoir (Quelques naïfs, margoulins ou escrocs - J’ai les noms ! - naviguent dans ce milieu !). Il est aujourd’hui extrêmement difficile d’atteindre les lieux de vente dans de bonnes conditions, il faut donc diversifier le plus possible sa diffusion (sites, présences en salons, dédicaces dans des points non destinés aux livres…). C’est devenu une nécessité absolue pour exister et perdurer !

L’OP : Les raisons qui vous ont conduit à développer une présence active dans les salons et depuis quand ?

GG : Depuis nos débuts, nous avons privilégié les rencontres en « direct » avec le lectorat. Cela permet d’éliminer les intermédiaires et d’avoir une trésorerie saine ! On a ainsi fidélisé un public. Nous participons à une quarantaine de manifestations par an. Notre présence en librairie (nous le déplorons mais le système est ainsi fait : à usage quasi exclusif pour les gros bras de l’édition !) ne représente que très peu de notre chiffre d’affaires.

L’OP : Avez-vous une organisation logistique, destinée à faciliter vos déplacements, installations

GG : Nous sommes des « artisans » et fonctionnons comme tels. Déplacements en voiture ou en camionnette, arrivée sur le lieu, manutention des livres, ventes, dédicaces… L’école de la modestie et du travail ! La chaîne du livre, on connaît !

L’OP : Quels types de salons choisissez-vous ? Avez-vous des critères de choix ou des contraintes qui limitent vos participations ?

GG : Notre principale contrainte est le prix des stands qui sont parfois prohibitifs (comme à Saint-Malo) Nous tentons d’éviter les grosses manifestations comme le Salon de Paris (et autres !) qui sont des pompes à fric pour les indépendants et n’offrent pas la garantie de bénéfices. Un salon doit générer de l’argent ! Nous apprécions particulièrement les salons à taille humaine comme ceux de Contrexeville, Montargis, Saint-Germain-les-Arpajon, Chevreuse, Le Mans, Melun… (mais la liste est longue !) qui sont la plupart du temps organisés par des équipes motivées et engagées.

L’OP : Qu’est-ce qui fait que vous ne renouvelez pas une seconde participation ou que vous cessez la fidélisation sur un salon ?

GG : Nous sommes fidèles aux organisateurs et aux salons. Sauf quand certains organisateurs ne nous respectent pas en tant qu’auteurs ou éditeur (et qu’ils privilégient en terme d’emplacement ou d’accueil les Hachette and Co ou les libraires !) …

L’OP : Entre les salons BD, jeunesse, généralistes existe-il des différences sur le plan des contacts et des ventes ?

GG : Notre catalogue étant « large » (puisque nous proposons du livre jeunesse, d’humour, des romans et de la Bande Dessinée http://grrrart.free.fr ), nous participons à tous les genres de salons et nous ne voyons pas de différence notable.

L’OP : Quels résultats obtenez-vous, en terme de vente, de rentabilité, de contacts ?

GG : Pour moi, un salon où je vends pour moins de 1000 € alors que je présente tout le catalogue n’est pas une bonne opération, car il faut déduire tous les frais sans oublier les droits d’auteur qu’il faudra payer plus tard. Vu ma dimension, 100 titres vendus, c’est un salon moyen, 150 c’est bon et 200 très bon. Avec 330 titres en 2008 à Saint-Germain-lès-Arpajon, c’est un résultat exceptionnel ! Avant 2008, je faisais 85 % de mon chiffre dans les salons, aujourd’hui 60 %, non parce que les ventes dans les manifestations baissent mais parce que je me diversifie sur des livres de commandes avec tirages pré-vendus. Prendre des contacts avec des libraires en salon est un leurre si vous n’avez pas le bon diffuseur. Quand nous entendons un éditeur qui n’a pas vendu (et fait une opération négative) dire « Je suis là pour plus de visibilité ! », c’est ridicule ! Le système de cette diffusion directe ne fonctionne que sur la rentabilité ! Il n’empêche que l’aspect humain est primordial durant ces rencontres…

L’OP : Invitez-vous vos auteurs dans les salons où vous êtes participant ? Que vous apportent-ils ?

GG : Un salon = une rencontre avec un auteur, son œuvre et un public ! C’est la base ! Il faut donc la présence d’auteurs sur le stand !

L'OP : Envoyez-vous certains de vos auteurs dans des salons auquel vous ne participez pas ? Contactez-vous directement les organisateurs pour qu’ils soient invités ?

GG : Aujourd’hui, nous avons différents auteurs qui prennent chaque week-end leur bâton de pèlerin pour présenter leurs ouvrages (soit nous avons pris contact, soit l’auteur l’a fait !) et nous leur donnons un pourcentage conséquent sur les ventes (40% + les droits d’auteur). Un de nos romanciers (Olivier Démoulin) a plus de 50 rendez-vous prévus d’ici à la fin décembre et nous avons vendus en direct plus de 2 000 ex. de chacun de ses premiers titres, 600 du dernier qui est sorti depuis 3 semaines.

L'OP : Que conseillerez-vous à un petit éditeur sans trop de moyens et qui veut développer sa présence dans les salons ?

GG : D’être sur le terrain (tous les terrains !), de ne pas se prendre pour un « artiste »… Nous avons la chance en littérature d’avoir des centaines de manifestations annuelles, certaines aux portes de chez nous, d’autres plus éloignées, profitons en ! Ne laissons pas les marchands de papier occuper nos plates bandes ! Le danger guette aujourd’hui : certains sont tentés d’exclure les éditeurs indépendants de leurs salons (cela se passe à Troyes, à Brive, Saint-Etienne, Nancy…) au profit des libraires qui ne nous travaillent pas tout le reste de l’année. La biblio-diversité passe par nous ! Faut-il le rappeler ?

 

© loieplate - octobre 2008

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